Journal communal Marigné Laillé Février 1995
Les métiers de notre village Marigné Laillé :
L'activité artisanal des années 90
Si les menuisiers-ébénites sont encore nombreux en Sarthe, réparant et fabricant sur mesure, en revanche on peut compter sur les doigts d'une main les restaurateurs-ébénistes en marqueterie de Boulle ou autres meubles précieux et objets d'antiquité. C'est en juillet 1985 que Marigné en voit justement deux s'installer route de St-Mars, dans un atelier flambant neuf avec vue sur l'aune : un jeune couple fraîchement marié, mais déjà depuis longtemps amoureux du bois vermoulu, des bronzes ternis et des vieilleries poussiéreuses. Car ils ont fait tout deux un apprentissage classique d'ébénisterie, et, après une courte expérience professionnelle, se sont rencontrés à l'école d'O, dans l'Orne, durant un stage de 18 mois spécialisé dans la restauration des meubles anciens. : c'est ainsi qu'ils ont décidé de prolonger l'expérience à leur compte, quelque part en Sarthe. Dix ans ont passé et ils n'ont pas trouvé le temps long, avec une solide réputation à l'appui et de l'enthousiasme à déborder. Un regret , celui de n'être pas directement sur la RN 138, regret vite effacer pour eux qui apprécient tant le contact et la campagne : le plaisir de pouvoir décaper un meuble au grand air, sur la pelouse, tout en saluant les voisins, en écoutant les oiseaux et le ruisseau. Et si l'emplacement commercial n'est pas évident, qu'à cela ne tienne ! Il y des foires et des salons régionaux pour se faire connaître des antiquaires et surtout des particuliers (95% de la clientèle) ; d'ailleurs ceux ci n'hésitent plus maintenant à venir sur place tant et si bien que cette fréquentation leur a donné l'envie d'acheter meubles et objets qualité qu'ils restaurent puis revendent dans leur boutique récemment agrandie. De cette boutique, on peut apercevoir l'atelier qui étonne par son outillage restreint : établis, scie à pédales, vieux outils (bouvets, gouges ...) récupérés chez l'arrière grand-père, déjà menuisier, ou chez les brocanteurs ; et puis une ribambelle de pots à confiture contenant des poudres de perlinpinpin qui font merveille dans la composition des au tampon ou pour les teintes et patines ; une vieille gazinière qui n'en peut plus de mijoter la colle à chaud, un tas de bouts de bois et autres matériaux : nacre, os, écaille de tortue, laiton, étain ... , des planches, des rouleaux de minces tranches de bois pour les placages, variétés d'essences rares dont les noms chantent :amarante, palissandre, bois de rose, de violette ou d'acajou, cytise... un morceau jaune vif oublié sur le sol : "- Attention tu vas marcher sur l'épine-vinette ! - Oh, pardon ! je croyais que c'était un reste. - Un reste ! 10 cm2 d'épine vinette ? Je découpe dedans au moins n oiseau et cinq pétales de fleur pour ce devant de tiroir de la commode Louis XVI qui est là." - Une commode Louis XVI ça ? Un bâti délabré, apparament en sapin, sur quatre pieds boiteux, avec, à coté, un étalage de pièces de bois égratignées, deux tiroirs éventrés, des bris de bronze ciselés ... l'outrage du temps... Mais, patience ! car, pour avoir déjà constaté le miracle, cinquante ou soixante dix heures de travail referont, de cette chose, l'objet précieux original que seul le regard osera effleurer de crainte de ternir l'odorant vernis. Sous ce vernis, la marqueterie aura été reconstituée et collée, telle un puzzle savant fait de motifs floraux entrelacés, préalablement découpés, poncés, gravés dans des dizaines de matières différentes comme les bois colorés, les métaux, les pierres, les cornes. Chacun se répartit le travail selon ses préférences, telle les laques pour l'une, les vernis pour l'autre. Madame se passionne pour les "petits" objets, boites, caves à liqueurs, sièges et surtout les cartels comme celui du palais de Justice de Rouen , bon XVIIIe, décoré d'écailles brunes et de laiton, qui nécessitera plus de 200 heure de remise en état. Monsieur, quant à lui, se réserve avec délectation les grandes pièces, secrétaires, cabinets, armoires... Ici, point de travail à l'aveuglette ; sous la crasse du bois malade, il faut retrouver au plus près l'initial chef d'oeuvre et ce métier d'art exige une grande connaissance des tours de main anciens, de leur évolution au cours des siècles. Ainsi, c'est avec la précision de l'expert qu'ils auront décelé que tel meuble haut de moindre intérêt fut remanié au XIXe siècle à partir d'un authentique bureau Mazarin du XVIIe pièce rare et de grande valeur. Ce faisant, si l'ambiance y est et si l'emploi du temps le permet, le visiteur peut apprendre nombre de détails insolites sur l'histoire de l'ébénisterie et en même temps , il constatera que, certes, le bonheur est dans le pré, mais aussi dans l'atelier, entre les serre-joints et les rabots, tandis que les barreaux de fenêtres servent de perchoir aux mésanges babillardes. |